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Le fusain de l’absence

Je m’abrutis de musique pour ne plus entendre mes souvenirs.

Souvenirs trop doux à force… A force de quoi? D’avoir été polis, caressés, sucés jusqu’à la mœlle. Souvenirs dont il ne reste plus que des éclats vacillants dans le lointain. C’est cette main sur laquelle filaient mes doigts, esquifs légers dans la ravine de ta paume. C’est ton regard de forêt où la poussière de l’été dansait dans les rayons d’un soleil ardent. C’est ces mots maladroits que j’ai balancés comme on donne des coups de pied dans ce qu’on a de plus cher. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Parce que la peur, sans doute, la peur, toujours la même. Celle de ne pas être soi. Ou de se découvrir autre. Une autre capable de folies. Une autre qui aurait voulu se défaire de tous les liens, des serments encore verts pour courir jusqu’aux chemins de traverse qui coupent les sentiers trop droits.

Alors esquisser d’un sourire la myriade des possibles, faire éclore des poèmes, comme le prestidigitateur offre ses ridicules fleurs de crépon,et puis d’un geste rageur, tout effacer et te laisser là. Toi si doux, si maladroit. Toi aussi, bien à l’étroit. Il est arrivé pourtant que l’enfant en moi prenne la main du petit garçon que tu avais été. Moments suspendus, trop rares quand l’averse nous a surpris et que riant, galopant, nous avons rejoint le toit. Quand, un soir, j’ai redressé ton col qui était mal mis. Et tu m’as dit que deviendrais-je sans toi?

Ce que tu deviendras sans moi, je ne le saurai jamais puisque je suis partie. Je t’ai fui et avec toi, celle qui menaçait de sombrer dans la folie. Pendant des semaines, j’ai fait comme si. Comme si j’étais capable de ne plus rien ressentir. Ni le chaud de ta présence, ni le froid de ton absence. Au papier de verre, j’ai poli les aspérités qui, en bourgeons fous, avaient poussé tout autour de mon cœur. Je t’ai gommé de ma réalité. J’ai refusé d’écouter la mer quand elle m’a parlé de toi. Seuls mes rêves parfois refusent de se plier au régime auquel j’astreins mon corps et mon esprit. Tu m’apparais. Et il me faut toute la journée pour réussir de nouveau à t’oublier. Ce qui n’a pas été me hante.

Et ce soir, parce que la musique trop forte fige mes souvenirs, que la nuit broie la tige qui me tient debout, et que la mer boit mes paroles, je peux bien te l’avouer.

Tu me manques.

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