Belles de jour et noctambules, bienvenue…

Le seul mal au monde est celui qui niche chez les gens, dans leur orgueil, leur avidité, leur devoir. Rappelle-toi ça.

in Un bûcher sous la neige, Susan Fletcher, Plon.

Retrouvez les autres paticipants à la Citation du Jeudi chez Chiffonnette.

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Pour une fois, je participe à l’atelier d’écriture de Skriban. La rupture… voilà un thème qui m’a inspirée. Pour le meilleur? Peut-être pas…

Ma chère France,

je te quitte. Tout est fini entre nous. Mon billet pour Sydney m’attend dans la pochette intérieure de mon sac de voyage. Tu ne comprendras sans doute pas que je te quitte si brutalement, pourtant il le faut bien. Tu m’écœures.

Oui, je vais aller vivre dans ce pays où pullullent les arrières-arrières-arrières-petits-enfants de bagnards et de catins et je les préfère désormais à ton soi-disant esprit des Lumières, à tes droits de l’Homme qui n’existent plus que dans les manuels d’histoire. Je dois t’avouer que déjà, en 1940, j’avais eu quelques doutes sur tes valeurs : la liberté, l’égalité et la fraternité s’étant pour quelques années envolées en fumée… Mais las, m’étais-je dit, la guerre et la peur pouvaient expliquer bien des choses… Je t’avais pardonné ce moment d’égarement, criminel, certes mais compréhensible.

Depuis quelques années, tu as changé. Pour le pire. Tu es devenue grossière et paranoïaque, capricieuse et ne respectant plus ni les usages ni les bonnes manières. C’est simple, tu ressembles au petit enfant mal élevé qui te gouverne du haut de ses talonnettes. A croire que ce brimborion t’a envoûtée… Couchée avec les poules, portes et volets barricadés, tu t’enfermes dans des fantasmes de peur et, dès que tu es en tête à tête avec Pujadas, tu diabolises l’étranger. Tu as peur du noir, dis-tu… Eh bien, rallume tes Lumières dans ce cas!

Toi si fière de ta cuisine, de tes bons vins, te voici passée à l’ennemi Ronald qui prolifère et sape les papilles de tes enfants chéris, les transformant peu à peu en petits hamburgers sur pattes. L’ogre a changé de visage et désormais, c’est l’industrie agro-alimentaire qui, par un curieux retournement, dévore tes enfants…

Toi si choyée des dieux, avec tes vallons, tes collines, tes côtes ourlées d’écume, tes montagnes de géant, te voilà transformée en niche fiscale, en paradis de la productivité, en fief pour patrons arrogants avec service de sécurité musclé. Tu biométrises, il carte de séjour, nous charterisons… Elle est devenue bien étrange, ta grammaire française!

Je ne te reconnais plus. Non, tu as bien changé. Tu veux faire de tes enfants des consommateurs et quand ils résistent, tu les mets en prison. Tu ne supportes ni les critiques ni la contradiction et bientôt, tu auras corrompu tous les penseurs, les journalistes, les intellectuels ou bien tu les auras contraints à l’exil. Et tu resteras seule, devant ton vieux miroir piqué, à constater sur ton visage ravagé les effets du temps et de tous ces sentiments morbides que tu aimes éprouver…

Tu pues, ma chère France. Ton aigreur se diffuse autour de toi tel un poison. Tu es devenue vieille et laide, une petite dame qui se terre dans son appartement bourgeois, derrière sa porte blindée et son visiophone sophistiqué, en regardant passer le monde à la télé.

Alors adieu. Je pars le cœur léger… je sais que tu n’essaieras pas de me retenir… La France, tu l’aimes ou tu la quittes, non?

Jour sans plaisir ne fut pas tien :

En lui tu ne fis que durer. Ce que tu vis,

Sans en faire ton plaisir, tu ne le vis pas.

 

Nulle importance que tu aimes, boives ou souries :

Il suffit d’un reflet de soleil en allé sur l’eau

D’une flaque, s’il fait ton agrément.

 

Heureux celui-là qui dans les choses infimes

A placé son plaisir : nul jour ne lui dénie

Sa part de bonne aventure.

 

Fernando Pessoa, Odes.

Sur une idée de Chiffonnette. Pour connaître la liste des participants, allez faire un tour sur son site…

A l’automne de tes bras

l’heure est passée

se déprendre du monde

quitter le ciel et tous ses nids

ce matin mon humeur vagabonde

parcourt l’immensité

improvisation sans regret

par-dessus le murmure des fontaines

qui chuchotent encore ton nom

Emma

Ce tag m’a été proposé par Mango. Je m’y soumets volontiers… Il s’agit, sans trop réfléchir, de donner ses quinze auteurs préférés. Alors les voici, sans ordre car je n’ai pas de classement à établir… J’ai ajouté mes raisons entre parenthèses mais ça ne fait pas partie du tag initial, je l’avoue. J’ai arrangé ça à ma sauce…

  • Pierre Reverdy (ses recueils sont ma bible)
  • Jean Giono (Regain… toujours)
  • René Char (une source à laquelle je m’abreuve régulièrement…)
  • Jo Nesbo (parce que Jo Nesbo)
  • Charles Baudelaire (à mes yeux révélé par mon professeur de français en première)
  • Michael Connelly (je suis Harry  – Hieronymus sounds like anonymous – Bosch depuis le début…)
  • Charlotte Bronte (Jane Eyre, of course!)
  • Laurie Colwin (pour son admirable manière de décrire ces petits riens entre hommes et femmes)
  • Arto Paasilinna (Le lièvre de Vatanen, premier d’une longue série de surprises…)
  • Louis Calaferte (Iles! Aux escaliers de vos océans nègres où braconnent le jade, la galène et le gypse…)
  • Hubert Selby Jr ( Le Saule, entre autres…)
  • Lisbeth Werner (elle a écrit, notamment la série des Puck, dans la collection Rouge et or, pour ceux qui seraient assez vieux pour comprendre de quoi il s’agit…)
  • Enid Blyton (ah, j’ai longtemps joué à être Claude, le garçon manqué du Club des Cinq…)
  • Jacques Charrière (Pour l’insurpassable Forêt d’Iscambe)
  • Andrea Camilleri (pour Montalbano et le drôlissime Cataré, vosseigneuries…)

Comme vous le voyez, un mélange hétéroclite de poètes, d’auteurs jeunesse, d’auteurs du nord, de l’ouest et du sud, en VO et en VF, de spécialistes du polar… Ce sont ceux dont les livres m’ont marquée, d’une manière ou d’une autre… et que je relirai avec plaisir ou nostalgie.

Je laisse qui veut reprendre ce tag…

Trop de bruit…

Depuis plusieurs mois, je vis sans radio ni télévision. Est-ce la période qui veut ça? Il me semble que les discours n’ont jamais été aussi creux, aussi vains… Une chose et son contraire. Effet d’annonce. Tonitruantes déclarations jamais suivies d’effets. Mépris. Insultes sans modération… Je n’en pouvais plus. Ces mots prononcés par les journalistes, les politiques, les experts, les humoristes, les devins étaient devenus pour moi une agression permanente. Des inconnus braillards qui n’en finissaient pas de faire intrusion.

La solution était simple. Tourner les manettes, appuyer sur les boutons. C’est ce que j’ai fait. Sans aucun regret.

Désormais je vis dans le silence. Du moins, dans aucune autre agitation que celle du vent ou de mon esprit. On dit « le silence » mais il est si rare. Il y a toujours un oiseau, un chien, un enfant qui joue dans la rue. Et la nuit venue, ce sont les pas inconnus sur le macadam, un volet qui claque, la cloche qui sonne les heures. Alors pourquoi certains ont si peur du silence qu’ils se croient obligés de toujours maintenir un brouhaha sonore qui leur donne l’impression d’une proximité? Effet de notre envahissante modernité? Peur de la solitude ou bien, plutôt, peur d’être face à des pensées qui ne sont pas toujours confortables?

Le silence relatif est un choix qui permet aux pensées de flotter puis de se déposer lentement, de se sédimenter. Il ôte toute illusion. Seul avec soi, il faut alors pouvoir se regarder, s’accepter tel qu’on est. Gris. Ni blanc, ni noir. Plutôt dans la nuance. Délicat. Fragile peut-être… Pour éviter le mur, certains se réfugient dans l’hyper-activité. D’autres dans la rumeur d’un monde déglingué et lointain. Quand le tsunami gronde, d’aucuns se disent que la retraite, même plus tard que prévu, ce n’est pas si mal, finalement…

Mais surtout.

L’arrêt du bruit médiatique laisse enfin toute sa place à la musique. Alors, sans aucun obstacle, elle se déploie. Intense, immense, magnifique. Et elle parle, directement au cœur, des choses de la vie.

Ma contribution à la citation du jeudi.



« C’est l’enthousiasme qui soulève le poids des années. C’est la supercherie qui relate la fatigue du siècle. »

in Dans l’atelier du Poète, René Char

Retrouvez tous ceux qui participent à la citation du Jeudi, chez Chiffonnette