Belles de jour et noctambules, bienvenue…

Archives de la catégorie ‘Jardin secret’

A l’automne de tes bras…

A l’automne de tes bras

l’heure est passée

se déprendre du monde

quitter le ciel et tous ses nids

ce matin mon humeur vagabonde

parcourt l’immensité

improvisation sans regret

par-dessus le murmure des fontaines

qui chuchotent encore ton nom

Emma

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Un petit goût de noisette…

Octobre, c’est le mois de la noisette (entre autres…). Pour moi, ce petit fruit à coque évoque deux souvenirs.

Le premier me renvoie à ces berlingots de lait parfumés que ma mère glissait parfois dans mon sac pour le goûter. J’étais dans une école qui ne me plaisait pas. Je n’avais que peu d’amies. Ce petit berlingot de douceur, pris en regardant les toits de Paris, dans une cour de récréation survoltée, me réconciliait un peu avec mon statut d’enfant. Mon parfum préféré était Noisette…

Le second, aux noisettes grappillées au bord des chemin, dans un petit village de la Champagne, avec mon amie Lili. Nous nous en remplissions les poches puis, juchées sur le muret qui surplombait la rivière, nous les dégustions, après avoir pulvérisé la coquille avec une grosse pierre. Les noisettes étaient encore un peu vertes, tendres presque et nous nous régalions comme deux sauvageonnes avant de reprendre nos vélos et nos jeux.

Aujourd’hui, curieusement, je n’en mange pas souvent. Pas de noisetier à proximité et pas question d’en acheter en supermarché. Tout le plaisir serait perdu et le goût, sans doute, aussi… Parfois, un peu de praliné dans le chocolat ou un arrière-goût de noisette dans un vin me rappelle ces journées ensoleillées d’octobre où l’été traînait encore un peu sur les terrasses. Il me semble alors que l’enfance n’est pas si loin… Il suffirait d’un craquement pour la retrouver toute entière et la faire rouler dans ma paume avant de la manger d’un coup de dents…

Et pour vous, octobre, c’est le mois de quoi?

Photo extraite du site Dietéthique

Le fusain de l’absence

Je m’abrutis de musique pour ne plus entendre mes souvenirs.

Souvenirs trop doux à force… A force de quoi? D’avoir été polis, caressés, sucés jusqu’à la mœlle. Souvenirs dont il ne reste plus que des éclats vacillants dans le lointain. C’est cette main sur laquelle filaient mes doigts, esquifs légers dans la ravine de ta paume. C’est ton regard de forêt où la poussière de l’été dansait dans les rayons d’un soleil ardent. C’est ces mots maladroits que j’ai balancés comme on donne des coups de pied dans ce qu’on a de plus cher. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Parce que la peur, sans doute, la peur, toujours la même. Celle de ne pas être soi. Ou de se découvrir autre. Une autre capable de folies. Une autre qui aurait voulu se défaire de tous les liens, des serments encore verts pour courir jusqu’aux chemins de traverse qui coupent les sentiers trop droits.

Alors esquisser d’un sourire la myriade des possibles, faire éclore des poèmes, comme le prestidigitateur offre ses ridicules fleurs de crépon,et puis d’un geste rageur, tout effacer et te laisser là. Toi si doux, si maladroit. Toi aussi, bien à l’étroit. Il est arrivé pourtant que l’enfant en moi prenne la main du petit garçon que tu avais été. Moments suspendus, trop rares quand l’averse nous a surpris et que riant, galopant, nous avons rejoint le toit. Quand, un soir, j’ai redressé ton col qui était mal mis. Et tu m’as dit que deviendrais-je sans toi?

Ce que tu deviendras sans moi, je ne le saurai jamais puisque je suis partie. Je t’ai fui et avec toi, celle qui menaçait de sombrer dans la folie. Pendant des semaines, j’ai fait comme si. Comme si j’étais capable de ne plus rien ressentir. Ni le chaud de ta présence, ni le froid de ton absence. Au papier de verre, j’ai poli les aspérités qui, en bourgeons fous, avaient poussé tout autour de mon cœur. Je t’ai gommé de ma réalité. J’ai refusé d’écouter la mer quand elle m’a parlé de toi. Seuls mes rêves parfois refusent de se plier au régime auquel j’astreins mon corps et mon esprit. Tu m’apparais. Et il me faut toute la journée pour réussir de nouveau à t’oublier. Ce qui n’a pas été me hante.

Et ce soir, parce que la musique trop forte fige mes souvenirs, que la nuit broie la tige qui me tient debout, et que la mer boit mes paroles, je peux bien te l’avouer.

Tu me manques.

Le tour d’automne

Quand vient septembre, j’aime particulièrement passer quelques heures à gambader dans les chemins. Une étrange allégresse s’empare de moi tandis que d’un pas souple – dans la mesure où mes chaussures de marche me le permettent… – je foule l’herbe, encore tendre et verte, sur laquelle se déposent, étranges flocons, des feuilles mordorées. L’humain est fait pour la marche. C’est là sa vraie mesure. Le monde, sous le compas de ses jambes, prend tout son relief.

Là, à peine un sentier qui louvoie entre les arbres, ici un chemin creux, vaste, entre deux talus qui protègent du vent. L’œil se fait indiscret tandis que je longe une magnifique propriété, bien à l’abri derrière son écran de verdure. Vieilles pierres centenaires et une date gravée au fronton. Un chien noir dort dans une flaque de soleil sur le gravier blond. Une famille s’attarde dans les rayons chauds qui baignent la véranda ouverte sur le parc. Des rires dans la conversation. Plus loin, c’est une treille chargée de kiwis par encore mûrs, une maison fermée depuis que les vacances sont terminées. La piscine en forme de haricot azur est vide. Je continue, longe des champs de maïs, croise des chapelles de verdure, des fontaines près desquelles des geais crient. Parfois, au sommet d’une colline, je vois la forêt qui s’étend au loin, telle une mer crêpue, une toison d’un vert profond dans laquelle j’aimerais plonger la main. Les haies m’offrent des noisettes, des mûres. Dans les vergers où pousse le gui, des pommes d’or attendent la main chapardeuse qui viendra les cueillir.

Loin du monde, loin de tout, j’aime ces parenthèses de solitude. La nature apaise, purifie. Je m’y sens à ma place, plus que sur les routes, plus que dans les gares, plus que dans le ciel.

Et je rêve d’une cabane perdue au fond des forêts. Une cabane de bois, dans une clairière. J’y entendrais juste les chants d’oiseaux et la nuit, les petits animaux qui viennent rôder, grignoter baies et champignons. Il n’y aurait pas d’autres lumière que celle des étoiles. J’irais me laver dans une rivière qui coulerait en contrebas. Et je relirais Walden sur un matelas de foin…