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Archives de la catégorie ‘Gogos saga’

Les singes de cour

Vous souvenez-vous de ce sonnet de du Bellay, sans doute vu, lu et peut-être appris quand vous étiez au collège :

Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon oeil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire,
Sinon en leur marcher les princes contrefaire,
Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil.


Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire,
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La lune en plein midi, à minuit le soleil.


Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu’ils crèvent de rage:
S’il le reçoit mauvais. ils le montrent au doigt.


Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C’est quand devant le roi, d’un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi.

Je ne sais pourquoi, en regardant nos grands journalistes français interviewer notre grand président français au début de la semaine, ces mots me sont revenus à l’esprit.

En surfant ici et là, j’ai vu qu’on parlait de l’attitude du président, de ses effets d’annonce ( à croire que c’est sa spécialité), de sa petite mine mais personne pour s’extasier sur ces trois grands journalistes français qui font leur travail comme personne (celui qui dit « heureusement » est renvoyé!). Le temps de cinq minutes (je n’ai pu en souffrir davantage), je n’ai pu que me répandre en louanges sur leur pugnacité, leur aptitude sans pareille à aller au bout de leur questionnement en obligeant l’homo politicus à cesser sa langue de bois, sur leur volonté d’aborder les sujets qui fâchent, sur leur intrépidité à s’opposer au puissant. Oui, c’était vraiment un beau spectacle. Trois beaux singes de cour qui finiront bossus à force de se courber devant le pouvoir. C’est tout ce que je leur souhaite…


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Les blogueurs sont tous des égoistes!

Ce n’est pas moi qui parle mais Raphaël Enthoven. Ces propos ont été « débusqués » par Guy Birenbaum dans la revue Médias. Voici, en substance, ce que le « célèbre » philosophe a répondu à la question du journaliste du magazine :

-« vous n’avez pas de blog, vous vous méfiez d’internet?

– « A quoi bon tenir un journal intime si c’est pour le mettre en place publique? Croire que ses opinions ou ses vacances ont de l’interêt pour tout le monde, c’est l’ultime façon de prendre ses désirs pour des réalités. « Moi, moi, moi » dit le blogueur. Ecrivez-moi, aimez-moi, participez-moi… Le paradoxe de l’égoïste, c’est qu’il a besoin des autres, de leurs commentaires, de leur présence, sinon il est perdu. Le « blogoïste » me fait l’effet d’un homme qui vit sa solitude comme une séparation, une déchirure. Or, il existe d’autres manières, plus joyeuses, de vivre sa solitude. »

Oh là là… stop, ça va trop vite pour moi. La pensée fulgurante de cet homme me laisse pantoise. Reprenons doucement. Blog, contraction de web-log, signifie journal tenu sur le net mais pas forcément intime pour autant… Première confusion. Ensuite, publier des billets sur un blog ne signifie pas que le blogueur imagine que cela présente un intérêt pour « tout le monde »… quelques amis, des personnes qui partagent ses centres d’intérêt ou au contraire veulent découvrir des sujets qu’ils ne connaissent pas, c’est déjà très bien. Et il suffit d’aller se promener un peu sur la toile pour constater que rares sont les egos boursouflés qui s’imaginent répandre une bonne parole universelle… Pour trouver ces pédants imbus de leur personne, mieux vaut fréquenter le palais Bourbon, l’Elysée, les chaînes de télévision ou les maisons d’édition… milieux que Raphaël Enthoven connaît pourtant de manière approfondie – je m’étonne qu’il ne se soit pas déjà penché sur la question, lui qui voit des égoistes partout!

« moi, moi, moi, dit le blogueur » dit Raphaël. E… mais enfin, monsieur Enthoven, ça c’est juste parce que tous les blogueurs aiment Dutronc! Pas de quoi en tirer un vérité générale sur la marche du cyber-monde!

« Participez-moi« ??? Bon, je passe, sans doute une coquille de l’imprimeur…

« Le paradoxe de l’égoiste« … admirez comment le philosophe saute, ici, du coq à l’âne, ou plutôt du blogueur à l’égoiste, avec un art consommé du raccourci, bien peu en phase cependant, avec une démonstration argumentée, étayée (exemplez-moi!) que tout homme ordinaire serait en droit d’attendre d’un agrégé de philosophie, ancien élève de Normale Sup’.

« Le blogoïste me fait l’effet d’un homme qui vit sa solitude comme une séparation, une déchirure »… Le blog comme objet transitionnel, j’avoue qu’il fallait y penser. Mais là encore, Monsieur le philosphe va un peu vite en besogne et prend, à son tour, ses désirs pour des réalités. D’abord, le blogueur, n’est pas forcément un homme. Qu’on se le dise, les femmes aussi ont le droit d’être égoistes. Ensuite, le blogueur n’est pas forcément cet être asocial, à tendance vaguement parasitaire, essentiellement nourri de Findus et de romans d’Houellebecq, qui, sale et mal rasé, passe ses jours et ses nuits (publicitez-moi!) devant un écran d’ordinateur poussiéreux à attendre que les crétins petits poissons du net mordent à l’hameçon de ses billets et laissent des commentaires dithyrambiques qui flatteraient son ego et dynamiteraient ses pulsions sexuelles…

Au final, cette réponse de Raphaël E, si drôle qu’elle soit, ne fait que marquer la coupure de plus en plus nette et large entre le commun des mortels et ceux qui se la pètent…